L'Observatoire de l'Abitibi-Témiscamingue

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Emploi et main-d'oeuvre

Déséquilibre entre l'offre et la demande

— Mariella Collini

Après des mois de turbulences économiques en 2020 causées par la pandémie et les mesures sanitaires, une reprise du marché du travail est observée en Abitibi-Témiscamingue. Plusieurs difficultés de recrutement subsistent, expliquant une remontée inégale d’un secteur d’activité à l’autre. Tour d’horizon des principaux indicateurs de l’emploi et des perspectives professionnelles d’ici 2023.




Avec l’allègement des mesures sanitaires, la situation du marché du travail en Abitibi-Témiscamingue s’est encore améliorée au 2e trimestre de 2021 (avril à juin) par rapport au trimestre précédent (janvier à mars), selon les données de l’Enquête sur la population active (EPA) de Statistique Canada. En l’occurrence, bien que la population active se soit légèrement contractée (-500), le nombre de personnes qui se sont jointes à celles en emploi a augmenté de 2 600 par rapport au 1er trimestre de 2021, pour ainsi totaliser 74 700 personnes occupées au 2e trimestre de 2021. Sur une plus longue période d’observation, il s’agit de 12 600 emplois de plus qu’au 2e trimestre de 2020, qui a été fortement affecté par la première vague de COVID-19.

Si l’on observe les taux d’emploi et de chômage, ils s’établissaient respectivement à 63,1 % et 3,5 % au 2e trimestre de 2021, en comparaison de 60,8 % et 7,4 % au 1er trimestre 2021. La conjoncture est ainsi plus favorable dans la région que dans l’ensemble du Québec, où les taux atteignaient 59,9 % et 6,5 % au 2e trimestre de 2021. Le taux d’emploi régional positionne l’Abitibi-Témiscamingue au 1er rang des régions du Québec, alors que la région enregistre l’un des plus bas taux de chômage avec la région de Chaudière-Appalaches (3,4 %).

Indicateurs du marché du travail des personnes de 15 ans et plus, données désaisonnalisées
> Abitibi-Témiscamingue, 2e trimestre de 2020 et 2021 (écart)

 

2e trimestre 2020

2e trimestre 2021

Écart 2e trimestre 2021/2020

Population active

69 600

77 400

7 800

Population occupée

62 100

74 700

 12 600

Population en chômage

7 500

2 700

-4 800

Taux d’activité

58,6 %

65,4 %

6,8 pt

Taux d’emploi

52,3 %

63,1 %

10,8 pt

Taux de chômage

10,8 %

3,5 %

-7,3 pt

Source : Statistique Canada, Enquête sur la population active, à partir de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), Population active, emploi et chômage, régions administrative, site Web consulté le 2 septembre 2021.

TENSIONS SUR LE MARCHÉ DU TRAVAIL

Il va de soi qu’une population active qui croît moins rapidement que la création d’emplois apporte son lot de défis aux employeurs qui sont en recrutement de main-d’œuvre. D’autant plus que le bassin de main-d‘œuvre disponible est directement tributaire de l’évolution de la population et de la structure d’âge de cette dernière. Le bulletin de juillet-août de l’Observatoire mentionnait que la population âgée de 20 à 64 ans allait diminuer jusqu’en 2038 et que le vieillissement de la population se poursuivrait, selon les plus récentes projections de l’ISQ (scénario de 2021).

Indice de remplacement

Si l’on analyse l’indice de remplacement de la main-d’œuvre (IRMO), il y avait 68,9 jeunes de 20 à 29 ans pour 100 personnes de 55 à 64 ans, possiblement sujettes à quitter leur emploi dans un avenir plus ou moins rapproché. Il s’agit d’un indice nettement inférieur à celui du Québec, à 82,5. Si les projections anticipent une hausse dans les prochaines années, l’indice variera grandement au sein des territoires de MRC. Selon les projections actuelles, c’est seulement à partir de 2032 que le marché du travail régional pourrait retrouver son potentiel de remplacement de la main-d’œuvre, soit un indice de 100, ce qui surviendrait 3 années plus tard qu’au Québec. Les territoires de Rouyn-Noranda et de La Vallée-de-l’Or seraient les seuls où l’indice atteindrait la parité (indice de 100), et ce, respectivement en 2029 et 2031.

Indice de remplacement
> MRC de l’Abitibi-Témiscamingue, 2021 et année paritaire (indice de 100)

 

2021

Année paritaire

Abitibi

67,9

---

Abitibi-Ouest

54,3

---

La Vallée-de-l’Or

71,3

2031

Rouyn-Noranda

81,8

2029

Témiscamingue

52,2

---

Abitibi-Témiscamingue

68,9

2032

Ensemble du Québec

82,5

2029

Source : Observatoire de l’Abitibi-Témiscamingue, à partir de l’Institut de la statistique du Québec, Mise à jour 2021 des perspectives démographiques du Québec et des régions, 2020-2066.

Postes vacants

Selon l’Enquête sur les postes vacants et les salaires (EPVS), les employeurs de la région ont déclaré plus de 2 500 postes vacants au 1er trimestre 2021. Il s’agit d’une augmentation par rapport au même trimestre de l’année précédente, et d’un volume similaire à 2019. Les trois grandes catégories professionnelles qui comptent le plus de postes vacants dans la région sont : Sciences naturelles (200), Métiers, transport, machinerie (575) et Vente et services (890).

L’Abitibi-Témiscamingue se classe parmi les régions à offrir un salaire horaire moyen pour les postes vacants parmi les plus élevés au Québec. Au 1er trimestre 2021, il s’établissait à 21,10 $ (22,20 $ au Québec), en hausse de 0,70 $ ou de 3 % comparativement au même trimestre il y a 4 ans, soit en 2017 (+9 % au Québec). Les secteurs des ressources naturelles (+27 %) et de l’enseignement et des services sociaux (+21 %) sont parmi ceux ayant enregistré la plus forte croissance des salaires offerts.

Nombre de postes vacants
> Abitibi-Témiscamingue, trimestres depuis 2017 au 1er trimestre 2021

 

Nombre de postes vacants par trimestre

1er

2e

3e

4e

2021

2 540

..

..

..

2020

2 295

ND

ND

3 010

2019

2 635

2 525

2 590

1 925 

2018

2 325

2 665 

2 820

2 700

2017

1 240

2 000

2 535

1 785

 Notes : Un poste est vacant s’il y a des tâches à accomplir durant le mois et si l’employeur cherche activement un travailleur à l’extérieur de l’organisation afin de pourvoir le poste. Données non désaisonnalisées.
Source :  Statistique Canada. Enquête sur les postes vacants et les salaires (EPVS), Tableau 14-10-0325-01

Salaire horaire moyen pour les postes vacants par catégories professionnelles
> Abitibi-Témiscamingue, 1er trimestre 2021

Ensemble des professions

21,10 $

Gestion

26,60 $

Affaires, finance et administration

21,45 $

Sciences naturelles et appliquées

28,70 $

Secteur de la santé

21,65 $

Enseignement, services sociaux et gouvernementaux

19,70 $

Arts, culture, sports et loisirs

19,55 $

Vente et services

15,35 $

Métiers, transport, machinerie et domaines apparentés

24,90 $

Ressources naturelles, agriculture et production connexe

27,90 $

Fabrication et services d'utilité publique

23,65 $

Notes : Exclut les heures supplémentaires, les pourboires, les commissions et les primes.
Le salaire offert peut être différent du salaire réel versé une fois que le poste a été doté.
Source :  Statistique Canada, Enquête sur les postes vacants et les salaires (EPVS), Tableau 14-10-0356-02.

TENDANCES DU MARCHÉ DU TRAVAIL

Services Québec Abitibi-Témiscamingue en collaboration avec le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale établissent des diagnostics portant sur l’état d’équilibre du marché du travail régional1. Avec une méthodologie améliorée et adaptée au contexte pandémique qui prévaut, ces diagnostics déterminent si une profession est ou sera en déficit (pénurie), en équilibre ou en surplus de main-d’œuvre pour la période actuelle, soit 2021-2023.

L’utilisation de la notion d’équilibre s’explique par le fait qu’une majorité de professions et de métiers ont de bonnes perspectives d’emploi pour celles et ceux qui ont les qualifications requises. Par exemple, en Abitibi-Témiscamingue, sur les 233 professions avec diagnostic, 159 ou 68 % sont dites en « équilibre », ayant autant de main-d’œuvre que de postes à pourvoir (61 % au Québec).

Néanmoins, au-delà d’un bassin de main-d’oeuvre jugé suffisant (quantité), les entreprises et les organisations peuvent tout de même rencontrer des difficultés de recrutement qui diffèrent selon le niveau de compétence exigé pour le poste ou des caractéristiques particulières liées à la profession. Pensons aux conditions de
travail (horaire atypique, postes temporaires, revenus d’emploi, saisonnalité), aux changements technologiques (compétences peu substituables par la machinerie), aux exigences du travail (physique) ou encore, à l’accessibilité du lieu de travail (p.ex. : site minier hors région).

D’ici 2023, 62 professions seront en déficit ou en léger déficit de main-d’œuvre en Abitibi-Témiscamingue (27 %). En l’occurrence, ces professions offriront d’une part, d’excellentes perspectives d’emploi pour les personnes disposant des qualifications requises, mais d’autre part, amplifieront les difficultés pour les employeurs de pourvoir aux postes vacants. De manière générale, on qualifie une profession en situation de pénurie si on assiste de pair à une forte croissance de l’emploi, un très faible taux de chômage, la présence de postes vacants de longue durée, une croissance importante des salaires ou une absence ou insuffisance de relève.

Toujours dans la région, les professions en déficit se concentrent dans des secteurs à forte demande (santé et services sociaux [13], construction et transport [12] ainsi que vente et services [5]) ou à fort développe-ment (ressources naturelles et fabrication [6]). D’autres requièrent des compétences élevées, notamment dans le domaine des sciences naturelles et technologies de l’information (15) alors que certaines professions (2) sont liées au secteur « Affaires, finance et administration ».

Enfin, seulement douze professions seront en surplus.

Pistes de solutions

Pour répondre aux besoins actuels et futurs des employeurs, qu’ils soient liés aux facteurs démographiques ou struc-turels, les entreprises, les travailleuses et les travailleurs et les acteurs du marché du travail (associations syndicales, organismes d’intégration en emploi, établissements d’enseignement, organismes de développe-ment, ministères concernés, milieu municipal, etc.) devront s’accentuer leurs efforts. Diverses solutions sont proposées afin d’accroître le bassin de main-d’œuvre qualifiée disponible.

> Favoriser de bonnes pratiques RH, comme l’attraction, la fidélisation, la relève et la réorganisation du travail.

> Accroître la qualification par le niveau de diplomation, la reconnaissance des acquis, et le rehaussement des compétences et de la littératie (incluant la littératie numérique).

> Favoriser une plus grande intégration au marché du travail des Premières Nations et celle des personnes sous représentées (jeunes moins scolarisés, personnes immigrantes, avec incapacités, expérimentées (55 ans et plus), etc.)

> Recourir à l’immigration temporaire et permanente.

> Assurer l’arrimage entre la formation et les besoins en entreprise par des formules novatrices en formation.

> Investir dans l’innovation (p. ex. : automatisation), incluant les technologies numériques.

> Valoriser les métiers et les professions en demande et les programmes de formation offerts.

> Maintenir l'attractivité de la région (accès au logement et aux services de garde, services de proximité, mobilité, etc.).  

POUR EN SAVOIR PLUS :

L’indice de remplacement pour les MRC de la région ainsi que celles sur les postes vacants sont disponibles à l’onglet Emploi de notre site Web.

Sources : 
1. Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, État d’équilibre du marché du travail - Mise à jour des diagnostics de moyen terme (2023) pour 500 professions, 2021 et Services Québec Abitibi-Témiscamingue, Perspectives d’emploi 2021-2023.
En colloboration avec Services Québec Abitibi-Témiscamingue.

 

 

 



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