Plus précisément, l’analyse approfondit les perceptions citoyennes issues d’une enquête menée auprès de 402 personnes représentatives de la population adulte de la MRC de La Vallée-de-l’Or, en les mettant en perspective avec la littérature scientifique et des données factuelles, et ce, dans l’optique d’ouvrir un dialogue orienté vers un développement minier plus équitable.

ACCEPTABILITÉ SOCIALE : RAPPORT COÛTS-BÉNÉFICES

Les résultats de l’enquête révèlent une acceptabilité sociale globalement favorable de l’activité minière au sein de la population de la Vallée-de-l’Or. L’acceptabilité sociale étant étroitement liée à la perception du rapport entre les coûts et les bénéfices, une majorité (59 %) approuve la présence minière et 17 % s’y identifient pleinement.

Les bénéfices perçus sont principalement associés aux emplois de qualité (92 %) et à la vitalité économique locale (91 %), ce qui confirme l’ancrage historique du secteur minier ainsi que son rôle dans l’identité économique du territoire. L’apport à la vie culturelle et sportive est également reconnu (85%), tandis que l’amélioration de la qualité de vie recueille une adhésion plus nuancée (78 %).

La perception des coûts (effets négatifs) de l’industrie minière est plus contrastée. Les principales préoccupations citoyennes concernent le coût de la vie (67 %) et le logement (58 %). Ces résultats concordent avec la littérature qui souligne que dans les régions minières, l’industrie peut accentuer la pénurie de logements (accaparement d’unités
pour la main-d’œuvre aéroportée) et faire pression sur les prix. Les avis sont partagés quant à l’effet de l’industrie sur la pénurie de main-d’œuvre (51 %), tandis que moins de la moitié des personnes répondantes citent des effets négatifs sur les inégalités sociales (48 %), l’environnement (45 %) et l’accès aux services (30 %).

Si certaines perceptions citoyennes sont corroborées par la littérature, d’autres apparaissent plus éloignées des faits. La contribution des entreprises minières à la vie culturelle est quantitativement plus modeste que celle d’autres bailleurs de fonds. Par exemple, les sociétés minières ont contribué à hauteur de 7 % aux sources de revenus de 4 événements culturels de Val-d’Or, comparativement à 44 % pour les bailleurs publics. L’apport positif perçu des efforts de restauration par l’industrie minière sur l’environnement contraste avec l’ampleur du passif environnemental minier au Québec. Ces perceptions peuvent s’expliquer par l’influence d’informations partielles et par l’absence d’analyses coûts-bénéfices complètes tenant compte des coûts des effets sociaux et environnementaux assumés par la collectivité et l’État plutôt que par les entreprises minières. Ce contexte peut expliquer que plus de six personnes répondantes sur dix estiment que les bénéfices surpassent les coûts.

FACTEURS d’INFLUENCE et NIVEAU DE CONFIANCE

L’analyse met en évidence que la proximité des sites miniers avec des sources d’eau potable (66 %) est le critère qui influe le plus défavorablement sur le niveau d’acceptabilité sociale des personnes répondantes, suivi, ex aequo, de la présence d’espèces menacées et de la proximité des milieux habités (58 %). À l’inverse, les caractéristiques liées aux projets – nombre de projets/saturation du milieu, type de ressource exploitée ou mode d’exploitation – ont moins d’influence sur l’opinion des personnes répondantes.

Ces constats divergent avec la littérature qui associe les caracté-ristiques techniques liées aux projets à des effets environnementaux et territoriaux importants et cumulatifs. Les perceptions citoyennes peuvent possiblement s’expliquer en raison d’un haut niveau de confiance envers l’industrie : les personnes répondantes ont davantage confiance en la capacité de l’industrie à se réguler (64 %) qu’à celle du gouvernement à encadrer efficacement le secteur (50 %). Cette dynamique peut contribuer à une tolérance accrue envers les projets, tout en masquant l’existence ou la reconnaissance de certaines répercussions sociales et environnementales.

ACCEPTABILITÉ SOCIALE FRAGILE ET ÉVOLUTIVE

Si les résultats montrent que l’acceptabilité sociale de l’industrie minière dans la Vallée-de-l’Or apparaît favorable, elle demeure fragile et évolutive. Les seuils d’acceptabilité peuvent être dépassés lorsque les retombées économiques sont perçues comme inégalement réparties, que la capacité d’accueil du territoire devient plus limitée, qu’une dégradation progressive de l’environnement est perçue (projets passés, en cours et à venir) ou que la confiance envers les parties prenantes s’érode.

Des constats issus du sondage posent des enjeux liés à la répartition (équité), à la gestion et à la gouvernance des bénéfices de l’industrie minière. D’une part, la confiance manifestée envers l’industrie ne s’accompagne pas d’un consensus quant à la juste part des profits miniers reçue par le territoire : 46 % la jugent adéquate, contre
48 % qui estiment le contraire. D’autre part, 45 % des personnes répondantes verraient d’un bon œil la création d’un comité multipartite (population, municipalité, industrie) afin de gérer les retombées financières pour la communauté.

En conclusion, le mémoire détaille certaines recommandations pour améliorer l’acceptabilité et la gouvernance des projets miniers, comme un rééquilibre des rapports industrie-société, une réduction des effets ou des coûts et une répartition plus équitable des bénéfices.

Source : Béland, Geneviève, Acceptabilité sociale des mines dans la Vallée-de-l’Or : perceptions et facteurs d’influence, mémoire de maîtrise, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, 2025.