En 2024, Statistique Canada a publié des estimations expérimentales de l’exposition professionnelle potentielle à l’IA. L’analyse repose sur deux paramètres permettant de caractériser les emplois susceptibles d’être touchés ou non par son utilisation. Le premier est l’exposition, qui mesure l’ampleur des répercussions possibles de l’IA sur les tâches — principalement cognitives — exercées dans une profession donnée. Le deuxième est la complémentarité, qui estime dans quelle mesure l’IA peut soutenir ou remplacer certaines fonctions exercées par les travailleuses et travailleurs. À partir de ces paramètres, trois catégories d’exposition professionnelle potentielle à l’IA ont été définies.

EXPOSITION ET COMPLÉMENTARITÉ

  • Emplois faiblement ou non exposés à l’IA : emplois dont les tâches sont peu ou pas compatibles avec les capacités actuelles de l’IA;

  • Emplois fortement exposés et grandement complémentaires : emplois pour lesquels l’IA pourrait augmenter les capacités humaines, par exemple en accélérant certaines tâches sans remplacer le rôle central de l’humain (interactions, décisions);

  • Emplois fortement exposés et faiblement complémentaires : emplois où des tâches routinières pourraient être éventuellement automatisées par l’IA, entraînant une réduction de certaines tâches ou un risque de substitution, mais pas nécessairement une suppression de l’emploi.

Statistique Canada précise que les estimations professionnelles sont fondées sur un nombre limité d’applications actuelles de l’IA et qu’elles sont, par conséquent, appelées à évoluer à mesure que les capacités de l’IA progresseront, notamment en comparaison avec certaines capacités humaines (jugement, créativité, interactions sociales).

EXPOSITION PROFESSIONNELLE À L’IA
Selon l’ISQ, la moitié de la main-d’œuvre de l’Abitibi-Témiscamingue pourrait être fortement exposée à une transformation de l’emploi liée à l’IA, soit une proportion inférieure à celle du Québec (59 %) : 28 % exerce des fonctions fortement complémentaires (30 % au Québec), tandis que 22 % occupent des emplois faiblement complémentaires (29 % au Québec). Les emplois en Abitibi-Témiscamingue sont donc moins exposés qu’au Québec (50 % c. 41 %) et, parmi ceux qui le sont, la part des emplois faiblement complémentaires — dont les tâches sont plus susceptibles d’être automatisées à l’avenir — y est plus faible.

Selon l’indice actuel de l’exposition des professions à l’IA, les régions dont la structure économique repose davantage sur les industries de la production de biens — telles que l’agriculture et la foresterie, la construction, la fabrication, les services publics et le transport — concentrent une proportion plus importante d’emplois dont la nature des tâches exécutées — manuelles, techniques ou réalisées en milieu physique — est moins exposée aux applications de l’IA comprises dans l’indice. C’est le cas du Centre-du-Québec, de la Côte-Nord/Nord-du-Québec, de l’Abitibi-Témiscamingue et de la Mauricie, avec des proportions qui varient entre 49 % et 56 %.

Exposition selon divers profils
Selon les études, la main-d’œuvre hautement qualifiée, soit celle détenant une formation postsecondaire (52 %) ou universitaire (86 %), est la plus à risque d’être exposée à l’IA au Québec. Parmi les professions exercées par des universitaires, un peu plus de la moitié présente une forte complémentarité avec l’IA. On peut penser aux professionnelles et professionnels de la santé, de l’ingénierie et de l’enseignement par exemple. Inversement, certaines professions liées à la programmation informatique, à la gestion des affaires et à la finance ainsi qu’aux arts, culture et communications ont des cotes de complémentarité faibles avec l’IA.

Pour terminer, les femmes sont plus nom-breuses que les hommes à occuper des emplois potentiellement exposés à l’IA en raison de leur présence dans les professions des services (administration publique, éducation, etc.) et de celles exigeant une formation universitaire. Les professions où s’inscrit le télétravail ou qui sont exercées dans le secteur public sont également plus exposées à l’IA.

Sources : 1. Medhi, T et Morissette, R, Estimations expérimentales de l’exposition professionnelle potentielle à l’intelligence artificielle au Canada, Statistique Canada, 2024. 2. Institut de la statistique du Québec, L’exposition potentielle des professions à l’intelligence artificielle au Québec en 2024, 2026.